LE ROYAUME DES SILENCES

Le royaume des silences…?

Existe-t-il donc plusieurs silences ?

Mais quel est donc ce royaume et qui en est le roi ?

Le nom que se donne le peuple de mon désert est celui d’imazighen,


Imazighen veut dire les hommes libres … les fils du vent.

Le souffle de la liberté, vient-il donc des peuples nomades ?

Après tout, y a t-il plus nomade que la liberté ?

Et, y a t-il plus libre que le nomade ?

Le langage des sujets qui peuplent ces espaces est « silence ».

Entre silence et métaphore, leur langage, est voilé. C’est « le tangalt ».

D’ailleurs en tangalt, on ne dit pas le désert ou le Sahara, mais on dit : « Assouf ».

« Assouf » est intraduisible : il veut dire le vide harmonieux et en même temps la présence dans la solitude.

Un grand chef targui, Moussa Ag Amestane disait :

« La flûte de roseau ne chante jamais aussi bien que dans la solitude de l’espace où seul le silence l’écoute.

Homme, il faut savoir te taire comme le silence pour écouter le chant de l’espace.

Qui assure que la lumière et l’ombre ne parlent pas ?

Ceux-là seuls, ne comprennent pas le langage du jour et de la nuit »…

Est-ce donc dans le désert que l’on découvre « le désert » que l’on porte en nous ?

Est-ce cela l’ombre et la lumière qui se parlent ?

Moussa Ag Amestane ne nous disait-il pas de nous taire pour mieux écouter le chant de l’espace ?

Le silence du désert est à l’image des immensités du paysage qu’il nous offre.

« Ne dis pas, quel silence mais dis je n’entends pas » me disait Seddik, l’enfant du Hoggar, celui qui m’accompagnait à chacun de mes voyages dans le désert. Sa largesse d’esprit était à l’image des horizons sans limites qu’il me faisait découvrir. Je l’ai vu scruter le désert, s’arrêter pour sentir le sable, je l’ai vu écouter le vent « L’ombre, elle même est vie, entends là crier sous tes pas » me disait-il.

 

C’était, il y a longtemps, j’ai rencontré cette femme targuie. Elle venait de nulle part. Elle marchait, narguant le ciel et la terre avec pour seule parure la lumière qui se jouait sur le tressage de ses nattes.

Ces yeux scrutaient l’horizon, là où il y a cette osmose entre le ciel bleu et le sol jaune.

Là où la barrière des mirages ondulent, déforment et transforment…

Un bonheur sans nom se lisait dans son regard.

  • « Mon homme vient, m’a-t-elle dit, il sera là ce soir ».

Je scrute à mon tour l’horizon, et ne voyant rien, devant mon étonnement, elle sourit

 

  • Je le sens venir. Le vent m’a apporté son odeur. Le prince de mon cœur sera là ce soir

Allongée à même le sable, blottie dans mon burnous, je sirotais mon thé. Assise à côté de moi la jeune femme me montra du doigt l’horizon.

Avant que la terre ne soit engloutie par les étoiles, un point drapé dans un nuage de poussière, un grain vibrant l’espace au lointain… Une caravane de chameaux avançait à la cadence de la nonchalance du temps embaumé par l’odeur du thé et de la menthe sauvage.

 

Dans les yeux de la jeune femme, le bonheur déchira le silence de cet espace.

Comme si rien ne c’était passé.

Comme si l’homme n’a jamais été au Soudan vendre son sel.

L’homme s’est approché d’elle, comme de nous, sans rien dire.

Il m’a salué comme s’il me connaissait et doucement s’est accroupi en tailleur auprès du feu, puis a soufflé sur la braise.

Ce que nous n’avons pas vu alors qu’il saluait sa bien aimée sans rien dire…

Sur la main moite d’émotion du jeune homme, la jeune femme avait dessiné une croix.

Un geste, un simple geste… Celui du silence que le désert lui a apprit, elle lui a fait savoir:

  • Viens, rejoins moi ce soir sous les étoiles, le sable chaud nous accueillera »

Et, c’est ainsi que le soleil culmine ses noces avec la vie !

C’est au cœur de ce cœur, avec cette étrange émotion que mon initiation au désert commença.

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Farida Sellal

Farida Sellal

Universitaire, auteur, photographe, artiste-peintre épouse et mère de famille.